Thursday, December 15, 2005

Le mutisme scandaleux du monde arabo-musulman face aux propos négationistes de Ahmadinejad

Le mutisme du monde arabo-musulman
Le négationnisme et la création d'un Etat sioniste en Europe y sont deux thèmes populaires.
par Jean-Luc ALLOUCHEQUOTIDIEN : jeudi 15 décembre 2005

Si les propos négationnistes du président iranien Mahmoud Ahmadinejad ont provoqué l'indignation d'une bonne partie des responsables politiques dans le monde, les dirigeants arabes et musulmans devant lesquels il a dénoncé, la semaine dernière, la «tumeur» israélienne sont restés cois.
Echanges honteux. Certes, la plupart des Etats arabes et musulmans n'en sont plus désormais au triple refus d'Israël lancé à Khartoum en 1967 (1). L'Egypte et la Jordanie entretiennent une paix, fût-elle glacée, avec l'Etat juif. Mieux, les exportations israéliennes vers les pays arabes ont augmenté de 26 % au cours de cette année, y compris vers l'Irak. Mais ces échanges demeurent protocolaires, soupçonneux. Voire honteux. A Amman et au Caire, les ambassades israéliennes sont «bunkérisées», leur personnel ostracisé par la bonne société. Des universitaires israéliens spécialistes de l'islam en visite en Egypte se sont heurtés plus d'une fois au refus de leurs pairs de les rencontrer, tandis qu'avocats, universitaires, journalistes sont souvent au premier rang de la dénonciation d'Israël.
Mais ce sont surtout les médias qui, au gré des péripéties politiques, excitent ou calment l'opinion. En particulier, par le biais de caricatures (2), souvent repoussantes, d'analyses pseudo-historiques et, sur les chaînes satellites arabes, de prêches et de débats religieux. Le site du Middle East Media Research Institute (Memri), basé à Washington, tient un compte presque vétilleux de tous ces dérapages.
La dénégation du génocide nazi par le président Ahmadinejad ne tombe donc pas dans l'oreille de sourds. Le thème est populaire un peu partout dans l'opinion au Proche-Orient et, en particulier, la solution du problème : créer un Etat sioniste en Europe, puisque c'est elle qui en est responsable. Une conférence négationniste planifiée à Beyrouth en mars 2001 n'avait-elle pas été annulée qu'au tout dernier moment, après les protestations d'intellectuels arabes comme Edward Saïd, Mahmoud Darwich, Adonis, et de fortes pressions occidentales.
En fait, les thèmes mêmes de l'antisémitisme européen ont été enrôlés au Proche-Orient. Surtout les Protocoles des Sages de Sion, disponibles dans la plupart des pays arabes et popularisés à la télévision égyptienne en 2003. Ce qui a suscité la protestation d'Oussama al-Baz, proche conseiller du président Moubarak, dans Al Ahram : «Ceux qui critiquent Israël n'ont pas besoin d'avoir recours à des propos antisémites pour dénoncer sa politique.»
Autres dérapages récents : la diffusion, en plein ramadan 2003, d'un feuilleton syrien, Al-Shatat (la Diaspora) sur Al-Manar, la chaîne de télévision du Hezbollah, au scénario fondé sur les mêmes Protocoles, et repris sur une télévision iranienne puis jordanienne.
Bien inaliénable. Toutefois, le noeud des polémiques se noue plus que jamais à Jérusalem. Aux yeux des islamistes les plus intransigeants, toute la Palestine est considérée comme un waqf, un bien de mainmorte inaliénable, donc interdit à une souveraineté autre que musulmane. L'Esplanade des mosquées de l'islam, mont du Temple du judaïsme, est devenue le champ clos des théologiens, des politiciens et des... archéologues. Là, la négation se fait théologique : les Juifs n'auraient jamais eu de Temple sur le lieu disputé. «Mon cher, vous ne croyez tout de même pas à ces bêtises de Temple sur le mont...» Propos récents d'un intellectuel modéré palestinien à un intellectuel israélien non moins modéré. Qui, lui, a le malheur d'y croire un peu...
(1) Lors de ce sommet arabe, les Etats présents avaient proclamé un «triple non» : non à la paix, non à la reconnaissance de l'Etat d'Israël et non à la négociation.(2) Au nom de l'antisionisme. L'image des juifs et d'Israël dans la caricature depuis la seconde Intifada, Joël et Dan Kotek, éd. Complexe
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