Saturday, February 18, 2006

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enlèvement
Le «cerveau des barbares» nouvel ennemi public
La justice a dévoilé la photo et l'identité du chef présumé du «gang» de Bagneux qui a enlevé et torturé à mort Ilan Halimi. Treize suspects ont été interpellés.
par Didier ARNAUD et Jacky DURANDQUOTIDIEN : samedi 18 février 2006






Une photo, un patronyme, un nom de guerre. La photo d'abord. C'est un homme au visage rond, noir de peau, un léger collier de barbe. Il a le cheveu ras, porte un tee-shirt blanc. Ce cliché se trouvait dans une enveloppe brune remise par l'assistante du procureur à plusieurs dizaines d'exemplaires aux journalistes, vendredi matin, quai des Orfèvres, lors d'une conférence de presse que les téléspectateurs de LCI ont pu suivre en direct. Jean-Claude Marin, le procureur de la République de Paris, a même livré le nom du présumé «cerveau des barbares», alias «the brain of barbarious», que la police recherche activement. Les enquêteurs qui travaillent depuis plusieurs semaines sur l'enlèvement d'Ilan, 23 ans, ont mis la main sur cette photo dans la nuit de jeudi à vendredi au domicile de ses proches, à Bagneux (Hauts-de-Seine). Cet homme dont la police vient de diffuser à la France entière le nom et le visage est âgé de 26 ans. Né en France, d'origine africaine, il serait le chef de la bande qui a kidnappé le 21 janvier Ilan, pour obtenir une rançon. Ilan a été retrouvé lundi à Sainte-Geneviève-des-Bois dans l'Essonne. Il titubait, nu. Il avait été torturé. Il est mort pendant son transport à l'hôpital.
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Vendredi matin, après l'arrestation d'une partie des jeunes de la bande, âgés de 17 à 32 ans, son présumé chef a passé un coup de fil à des membres de la famille d'Ilan, à «8 h 06», selon le procureur, pour les menacer de mort s'ils ne remettaient pas la rançon de 450 000 euros. «Le cerveau» est déjà connu des services de police, pour vols avec violence, mais aussi pour recel d'objets volés. Mais, selon le procureur, les procédures qui le concernent ne sont pas encore arrivées au stade du jugement. D'après François Jaspart, directeur de la police judiciaire, le «cerveau» aurait «été le plus violent [des ravisseurs] au cours de la séquestration» d'Ilan. Ses conditions de détention sont décrites par Jean-Claude Marin comme «extrêmement pénibles». Ilan y était nu, pas nourri, le visage couvert, et faisait ponctuellement l'objet de violences. «On est face à des gens qui ont des comportements à la limite de la barbarie, a dit le procureur. Ce qui frappe, c'est l'extrême violence. On est dans l'asocialité, face à des jeunes qui n'ont pas de limite et pratiquent la violence de manière gratuite et spontanée.» Le cerveau, quant à lui, «apparaît comme le meneur dans tous les domaines», confie une source policière. «Mais il est possible que ses camarades le chargent pour minimiser leur participation.» La diffusion de son identité a conduit certains journalistes, dont ceux de l'AFP, directement au domicile de sa famille. Sa soeur s'y est dite très «surprise» des agissements présumés de son frère, qu'elle décrit comme quelqu'un de «gentil», qu'elle n'a pas vu «depuis deux semaines».
Septième cible. Ilan est la septième «cible» approchée par le gang de kidnappeurs. L'affaire a mobilisé une centaine de policiers depuis le mois de décembre. Les ravisseurs ont abordé leurs proies à leur travail, par téléphone, en boîte de nuit. Des jolies filles ­ une fois seulement, un beau garçon aurait accosté une femme ­ jouent la séduction. Avant Ilan, la bande avait failli réussir un autre enlèvement : le père d'un producteur de musique de la région parisienne. Mais l'intervention de passants a déjoué leur projet. Jeudi, le témoignage d'une des «aguicheuses» aurait permis le coup de filet. Elle s'est rendue d'elle-même à la police. Après deux essais «infructueux» de séduction, elle aurait été «remerciée» par le «cerveau».
Dans la nuit de jeudi à vendredi, des interpellations ont été réalisées, cité du Tertre, à Bagneux. Elles ont débouché sur treize gardes à vue. Des gens de tous horizons, aussi bien blacks que blancs et beurs, auraient participé à l'enlèvement. Tous sont sans emploi, sauf un garçon, coursier. Les enquêteurs les regroupent dans trois catégories. «Les appâts, ceux chargés de l'enlèvement et les geôliers», a dit Jean-Claude Marin. Ils se sont connus au collège et dans la cité, dans les communes environnantes, comme Montrouge. Leur profil ? «Ils sont astucieux, ils regardent les séries télévisées, c'est la génération Internet.» Il restera à préciser comment personne ne s'est aperçu du manège des ravisseurs alors qu'Ilan paraît avoir été séquestré, au moins un certain temps, dans un appartement de la cité du Tertre. Celui-ci était «prêté» par le gardien d'immeuble. Il a été «nettoyé» avant l'arrivée de la police.
Mobile affiché. Parmi les cibles choisies par le gang figurerait une majorité de juifs. «Au moment précis où on parle, le mobile [d'antisémitisme] n'est pas avéré, dit le procureur. Ce n'est pas en cette qualité qu'il y a eu enlèvement.» Plutôt parce que sa famille «était susceptible de verser une rançon». Le procureur insiste : «Le mobile affiché était d'obtenir de l'argent.» Les gardes à vue auraient démarré vendredi après-midi. Elles pourront durer quatre jours car il s'agit d'une procédure de criminalité organisée.

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