Monday, April 20, 2009

alyse de Robert Badinter sur la Conférence des Nations unies contre le racisme, qui ouvre lundi à Genève

Caroline Stevan | Le Temps

vendredi 17 avril 2009

A quelques jours de l’ouverture de Durban II, la Conférence des Nations unies contre le racisme, les diplomates tentent toujours de trouver un compromis sur la déclaration finale. Robert Badinter, sénateur français et ancien ministre de la Justice, est à Genève en observateur. Interview



Le Temps : Assistez-vous à la réunion préparatoire en tant que sénateur ?

Robert Badinter : J’appartiens à la Commission des affaires étrangères du Sénat. Je m’intéresse aux problèmes des droits de l’homme et c’est dans ce cadre que je suis là. La phase préliminaire me semblait particulièrement importante. Lorsque le projet de communiqué final est rédigé, il y a peu de chances qu’il soit modifié ensuite par les discours officiels tenus pendant la conférence. Au niveau de l’exécutif, la France sera représentée par Rama Yade (ndlr, secrétaire d’Etat en charge des droits de l’homme) et François Zimeray, ambassadeur des droits de l’homme.

– Que dire, pour l’instant, de la réunion préparatoire ?

– Le fait qu’il y ait un représentant des Etats-Unis est un signal positif, il marque la volonté de Washington de revenir dans l’enceinte du Conseil des droits de l’homme des Nations unies. Cela tient surtout du symbole, les Américains avaient boycotté la première rencontre. Sur le fond, nous sommes proches d’un consensus assez soft par rapport aux textes antérieurs. Les points les plus aigus de dissentiment ont été gommés : la mention à Israël a disparu, la question de la diffamation religieuse a été écartée.

– Quel est, d’après vous, l’enjeu de cette conférence ?

– Il s’agissait sans doute au départ, pour quelques Etats islamiques, de condamner Israël et le sionisme à travers cette conférence. Nous ne pouvions accepter cette démarche, aussi bien sur le plan des principes que parce qu’il ne s’agit pas d’une réunion sur le Proche-Orient. Il y avait là une entreprise de dévoiement et de récupération à laquelle il fallait s’opposer, ce qui a été fait.

– Faut-il, comme certains le préconisent, boycotter Durban II ?

– Je suis par principe un adversaire de la politique de la chaise vide. On peut rompre les discussions à un moment donné, mais il est dangereux de s’abstenir au départ. Les instances continuent de fonctionner malgré l’absence d’un certain nombre d’Etats, elles finissent donc par adopter un texte qui devient la déclaration officielle, imposée à tout le monde. La justification de notre présence doit être le rappel ferme de nos principes. Je souhaite que l’Union européenne parle d’une seule voix et que cette voix s’élève pour défendre notamment la liberté d’opinion. Chacun a le droit de croire en Dieu ou de ne pas croire et nul ne saurait faire l’objet de discriminations à ce sujet. C’est ça, l’enjeu de Durban. Le blasphème, l’hérésie… tout cela n’a rien à voir avec les droits de l’homme.

– La liberté d’expression vous semble-t-elle davantage menacée aujourd’hui ?

– Elle l’a toujours été. Ce qui est nouveau, c’est la concentration de certains médias en quelques mains et l’évolution technologique, qui rend difficile, par exemple, le contrôle de la propagande raciste sur Internet.

– Cette conférence risque-t-elle de virer en un affrontement entre le monde musulman et l’Occident ?

– Ce serait déplorable. Les droits de l’homme sont universels et indivisibles. Tout clivage à ce sujet est mauvais. Il faudra distinguer le texte adopté de tout ce qui pourra être dit pendant la conférence.

– Mahmoud Ahmadinejad, le président iranien, sera à la tribune lundi. Craignez-vous son intervention ?

– Il n’y a pas à s’inquiéter. On sait par avance ce qu’il va dire. Il a déjà prononcé un discours devant l’Assemblée des Nations unies, ce qui est autrement plus important et l’on se souvient de ses propos. Il est en campagne électorale, voué à la surenchère. Je n’attends que des déclarations enflammées. Il sera intéressant de voir quelle sera la réponse, notamment de la part de l’Union européenne. S’il n’y avait pas eu les débordements du Forum des ONG, qui s’était tenu en marge de Durban I, la conférence ferait partie de celles qui se succèdent aux Nations unies, pavées de bonnes intentions et dont les communiqués finaux sont issus de consensus. Ce qui avait fait Durban I n’était pas le texte adopté, mais tout ce qui s’est passé autour. Je souhaite qu’il n’en aille pas de même à Genève.

– Quelle valeur finale accordez-vous à cette conférence ?

– Il est important que la communauté internationale marque son accord pour lutter contre le racisme et les discriminations. La tenue de ce forum, même s’il est très formel, montre qu’il existe des principes sur lesquels tout le monde doit se déclarer uni. Nous devons prendre conscience que ce sont des maux contre lesquels il faut lutter. Ce qui est insupportable, c’est la récupération qui en est faite et le dévoiement de ces principes à des fins qui leur sont étrangères et parfois antagonistes.

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