Monday, February 06, 2006

SPOLIATION : L'AUTRICHE VA RESTITUER 5 TABLEAUX DE KLIMT ET CHRISTIES PRIS EN FLAGRANT DELIT DE MENSONGES

Sons de cloches spoliées chez Christie's
Remous sur la mise à l'encan de lots provenant de la famille Helft.
par Vincent NOCEQUOTIDIEN : lundi 06 février 2006






Christie's se retrouve bien embarrassé par la contestation d'un héritier d'une famille juive spoliée sous l'Occupation. En 1940, les Helft, une dynastie d'antiquaires, s'enfuient en Amérique. L'immeuble de leur galerie, rue de Ponthieu, sera «aryanisé», leur collection volée par la bande Bony-Lafont. Ces truands, qui forment «la Gestapo française», se partagent meubles, tableaux et objets d'art provenant notamment du somptueux service en argent offert, dans les années 1770, par Catherine la Grande à son favori le comte Orlov. Jacques Helft en avait acheté une grande part quand les Soviétiques, en mal de fonds, l'avaient vendu dans les an-nées 20 à Berlin. A la Libération, sur ses 1 712 meubles et objets disparus, la famille n'en retrouva que 283, dans la galerie Bonnefoy, qui fut condamnée à les rendre.
Marque. En décembre 2004, le fils de Jacques Helft apprend la mise aux enchères chez Christie's à Paris de la «collection d'un grand amateur européen». L'attention de Georges Helft est attirée sur les numéros 381 à 385 : 60 assiettes, 2 cloches et leur présentoir, provenant du service Orlov. Les cinq lots dépassent les 785 000 euros, près du quart en valeur d'une vente qui en comptait 448. Il est rare qu'un tel ensemble apparaisse sur le marché: outre les 169 pièces du service Orlov conservées dans les musées russes, il n'en reste que 230 connues dans le monde. Il s'agirait donc du quart de ce patrimoine privé, plus que n'en détient l'Ermitage.
De plus, les cloches portent la marque de la maison Helft, LFH. Jacques Helft livrait des expertises gracieusement à Christie's, réclamant en retour d'être alerté en cas de passage sur le marché de meubles qui lui avaient été spoliés. Son fils appelle donc le président, François Curiel, qui dit répondre du vendeur, qu'il connaît de longue date : ses parents, qui fréquentaient les Helft en exil à New York, leur avaient acheté cet ensemble à la galerie dans les années 30. Invoquant le secret des affaires, il refuse cependant de livrer le nom. Surtout, il évoque un document attestant du départ de cette précieuse vaisselle de France pour New York en 1938. Son interlocuteur précise qu'il sera rassuré dès qu'il en aura eu copie. Laquelle ne viendra pas.
Cinq jours avant la vente, la Commission d'indemnisation des familles victimes des spoliations (CIVS) s'inquiète auprès de Christie's de la présence de pièces «présentant les mêmes caractéristiques» que celles volées aux Helft, «dont les photographies figurent» à son dossier. La société ne suspend pas la vente pour autant. Mais elle transmet un courrier du notaire suisse représentant le vendeur, qui assure avoir la preuve de l'exportation avant la guerre et menace Georges Helft de poursuites «pour diffamation aussi bien que pour tentative d'escroquerie». Ce dernier finit par saisir le tribunal, qui oblige Christie's à révéler le nom du vendeur. Il s'agit des enfants d'un financier ayant fait fortune dans les années 30, Edouard Le Roux. Le tribunal ordonne de plus à Christie's de fournir le mystérieux document d'exportation de 1938, sous astreinte de 1 000 euros par jour de retard. Penaude, la société finit par avouer qu'en fait de documents elle n'en a aucun, renvoyant la responsabilité aux enfants Le Roux. Interrogés via leur notaire, ceux-ci n'ont pas répondu quand Libération les a interrogés sur les éléments de leur bonne foi.
Coquilles. Troublant : l'origine des lots est voilée dans le catalogue, qui les mêle à cette «collection européenne». La notice, émaillée d'erreurs et de coquilles, assure aussi : «Le dernier propriétaire avant notre collectionneur n'est pas connu.» Pourquoi cette rédaction, si la famille a effectivement acheté le tout à la maison Helft avant guerre ? A la CIVS, l'incompréhension domine face au comportement de Christie's, qui a donné l'impression de protéger son client sans avoir pris les précautions d'usage. Le dépit est d'autant plus grand que la commission avait été invitée six mois plus tôt à un déjeuner chez Christie's pour annoncer la création d'un département des restitutions en son sein et promettre une pleine coopération. Cette controverse surgit au moment où Christie's est déjà mis en cause pour avoir vendu à New York une bible hébraïque du XIIIe volée à la Bibliothèque nationale, alors même que la loi lui impose de vérifier la provenance des objets qu'elle met en vente.




L'Autriche renonce à racheter cinq Klimt qu'elle va restituer
AFP 02.02.06 12h02

'Autriche a annoncé mercredi qu'elle renonçait à racheter cinq chefs-d'oeuvre du peintre Gustav Klimt dont un tribunal avait ordonné récemment la restitution à l'héritière américaine d'une famille juive autrichienne spoliée par les nazis.
"La république n'a pas les 300 millions de dollars (environ 250 millions d'euros) exigés pour garder les tableaux dans les collections publiques", a déclaré la ministre de la Culture, Elisabeth Gehrer, à l'issue du conseil des ministres à Vienne.
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"Les tableaux seront immédiatement mis à la disposition" de Maria Altmann, 89 ans, une Américaine d'origine autrichienne qui avait obtenu d'un tribunal arbitral la restitution de cinq tableaux de Klimt volés par les nazis à son oncle, Ferdinand Bloch-Bauer.
Ces tableaux, exposés à la Galerie (musée) du Belvédère de Vienne, sont considérés comme des oeuvres majeures de Klimt (1862-1918), une figure-clé de l'Art nouveau et du symbolisme viennois, et l'un des fondateurs de la Sécession viennoise en 1897.
Il s'agit notamment deux célèbres portraits d'"Adèle Bloch-Bauer" de 1907 et de 1912, d'un "Pommier" de 1912, d'une "Forêt de hêtres" de 1903 et des "Maisons-à-Unterach sur l'Attersee" de 1916.
"Mme Altmann ne voulait vendre qu'à l'Etat autrichien, mais nous ne disposons pas, dans le budget, des sommes exigées", a confirmé le chancelier autrichien, Wolfgang Schüssel. "Nous ne pouvons pas racheter et ne le voulons pas", a-t-il ajouté.
Cette décision conclu d'intenses négociations entre l'Autriche et Mme Altmann qui, domiciliée à Los Angeles (Etats-Unis), pourra désormais mettre les tableaux aux enchères en salle de ventes au terme d'un marathon judiciaire de près de six ans.

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